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KUPKA – AUTOUR D’UN POINT - 1920/1930

J’étais venue passer quelques jours dans cet endroit étrangement calme. J’avais loué une maison sur la plage, à quelques mètres de la mer. De la fenêtre de ma chambre, la vue était grandiose : un paysage paradisiaque, presque irréel. J’étais loin d’imaginer qu’il restait encore sur terre un endroit si magique. Il faut dire que la ville, le bruit et la foule faisaient partie de mon quotidien et m’avaient fortement fatiguée ces derniers temps. Prise d’une grande lassitude, je m’allongeai sur une chaise longue. Le soleil chauffait mon visage et une petite brise de mer faisait voler mes cheveux.

Bercée par le bruit des vagues, je m’endormis. Soudainement, je fus réveillée par un bruit étrange. Tirée de mes rêves, je tentai d’ouvrir mes paupières lourdes et, les yeux mi-clos, je fus prise de panique lorsque j’aperçus, à quelques mètres de moi, une mer totalement déchaînée. Le vent balayait les palmiers, les vagues dévoraient le sable et au loin, un tourbillon était en train de se former, qui allait certainement d’une minute à l’autre tout emporter sur son passage …

Jeanne GODEAU

Vassily Kandinsky – Gelb-Rot-Blau – 1925 .

Des formes se construisent, des couleurs se mélangent. Les
lignes rentrent dans les ronds, les ronds dans les lignes, tu sais,
un peu comme en math, l’espèce de forme qu’on te demande de représenter à l’interro de géométrie.
Mais la vue d’ensemble n’est pas si mal.
C’est un petit monde où tout va bien, le soleil ravive les couleurs, toutes les formes se cotoient.
Comme quoi le monde n’est pas si cruel.

Caroline Marchand

Jean Le Moal - Le buisson ardent – 1975-1981.

Le mercredi 5 mai, je décidai d’aller explorer cet endroit mystérieux…

1er Jour, j’arrive dans un petit village, les gens sont un peu bizarres. Tout autour de ce village, il y a une grande forêt.

2ème Jour, je pars à la découverte de nouvelles espèces d’animaux.
Il y a des drôles de bêtes, elles me regardent, je suis effrayée et fascinée à la fois. Et étrangement, elles n’ont pas peur de moi.

3ème Jour, je retourne explorer cet endroit, il n’y a même pas de point d’eau, les plantes envahissent les chemins. La nuit tombe, les gentils animaux laissent place aux bêtes plus agressives, j’ai peur…
Il fait noir et je ne retrouve plus mon chemin.
Inconsciente, je m’endors. Je ne me réveillerai pas…

Eloïse Cassart.

Pablo Picasso - Petite fille sautant à la corde - 1950

09/02/13

Tous les gens crient. C’est devenu la panique générale. Des engins spéciaux parcourent le ciel sans relâche. Des avions ont déjà été détruits, dont un petit qui a fini écrasé pas très loin de mon refuge. Il fait noir. Très noir. Les jours deviennent longs. Ils vont sûrement bientôt descendre.

13/02/13

Ca y est, ils sont descendus. Je ne les imaginais pas comme ça. Bien qu’ils soient destructeurs, ils ressemblent étrangement à des filles. Ils se promènent dans les rues, tuant tout ce qui bouge.

18/02/13

Un ami m’a rejoint, malheureusement gravement blessé. Je pense qu’il va bientôt mourir. Ils sont nombreux. Ils ont des tentacules sur les bras, leurs cris sont terribles.

28/02/13

La situation devient critique. J’ai déjà dû me battre, je me procure assez facilement des armes et de la nourriture. Nous sommes de moins en moins dans la ville.

05/03/13

Trop de bruits. Trop d’angoisse. Je pense que je vais me rendre, quitte à mourir. Mon ami est mort et je ne sais plus quoi faire. Je n’ai plus d’espoir. Tout est en train de trembler, le toit !
Le toit ! Ils l’arrachent ! Non !! …


Florent Lambert

Jean Le Moal – Eclats – 1975

Où suis-je ? Je me trouve quelque part dans une zone de hautes herbes. Mais, je ne sais pas où. Ces couleurs jaunes un peu verdâtres m'inquiètent. Il n'y a pas de point d'eau, pas de chemin. Il n'y a que des champs à perte de vue. Le soleil est au zénith, il brûle... Je pense que je ne pourrais pas survivre plus d'une journée ici.

Alors, je bouge. A deux heures de marche, je suis en plein milieu d'une terre complètement rouge. C'est pire qu'avant. Désespérément, je marche, je marche pour enfin trouver des arbres et de l'eau. Ouf ! Je suis sauvée. Tout en me désaltérant, j'entends du bruit. J'ai encore peur. Je vois deux hommes d'une tribu qui m'a l'air assez bizarre. A peine ai-je eu le temps d'arrêter de boire qu'ils bondissent sur moi. Je crie, je ferme les yeux, et là, je me réveille. Ouf !

Élisabeth NALET

Pierre Alechinsky - Le monde perdu - 1959

Je suis allée dans un monde, un autre monde, un monde perdu, un monde sur lequel la vie est affreuse. Ce monde était aveugle, l’atmosphère était sinistre …
J’avais peur, peur de ces gens qui me regardaient de leurs yeux ronds, je n’oublierai jamais ces regards plein de haine et m’enviant de venir d’un autre monde, un monde meilleur où les sourires sont présents. Je me demandais ce qui rendait les habitants de ce monde si malheureux. Ces visages étaient si bouleversants, la peur montait en moi, je tremblais de tous mes membres, je ne distinguais pas un seul sourire sur ces visages morts parmi la foule, je ne savais pas non plus pourquoi ces gens marchaient dans une seule et même direction, sans un mot, sans un geste, alignés comme des soldats me contournant de part et d’autre. Mais quel était leur but ? Et puis, les suivant du regard, j’aperçus un trou noir au dessus d’une colline, un trou dont on ne voyait pas la fin. Les gens s’y jetaient d’eux-mêmes, un par un, laissant leur vie derrière eux, la sacrifiant sans se retourner, sans regrets. Je n’entendais ni cris ni hurlements lors de leur sacrifice. J’ai alors pris mes jambes à mon cou et j’ai essayé de faire demi-tour, mais des bras me retenaient et m’empêchaient de m’éloigner de ce trou. Ils me retenaient pour m’emporter avec eux, je ne pouvais me débattre ni même pousser un cri. J’approchais du trou noir, serrée et compressée par tous ces bras qui me maintenaient. Mon cœur se serrait, je transpirais et j’avais du mal à respirer. Petit à petit on y arrivait, devant ce trou. On y était. Les bras me soulevèrent au dessus. J’ai lancé un dernier regard là, en bas, il n’y avait pas de fin dans ce tourbillon de malheur. J’ai préféré fermer les yeux, puis le silence s’est fait.
Quand je les ai ouverts, j’étais heureuse de constater que ce que je venais de vivre n’était qu’un vulgaire cauchemar.

Aurore Botti

Fernand Léger - Adieu New York - 1946

Je suis en mission, une mission que l’on ma ordonné de faire avec cœur et courage car c’est une chance énorme. Cette mission consiste à explorer, découvrir une partie du monde encore jamais vue auparavant. J’ai pris mon journal dans lequel j’y inscrirai tous ce que je vois, je ressens.

Jour 1 : J’arrive dans un monde sombre et coloré à la fois; oui je sais, cela parait impossible mais il faut le voir pour le croire. Je longe la mer rouge, enfin c’est le nom que je lui ai donné. Je n’y vois aucun poisson, heureusement que j’ai des provisions. L’air est sec et chaud.

Jour 5 : J’ai enfin fini de parcourir ce coin abritant quelques endroits très noirs. A présent je me situe dans une sorte de désert sauf que le sable est bleu. Oui, je ne pensais pas que ça existait jusqu’à aujourd’hui. Il fait froid et humide tout l’inverse du désert de chez nous. Je me sens seul mais ne me décourage pas.

Jour 9 : Je commence à être à court de nourriture et d’eau. Je dois absolument remédier à ça. Je me trouve maintenant sur un sol jaune en matière gel. C’est spécial, je ne sais comment décrire. Toujours pas de faune et de flore en vue, peut-être à cause du climat. Je suis fatigué et voudrais trouver un endroit relaxant, paisible avec un beau décor.

Jour 11 : J’entends au loin comme le bruit d’une cascade. Je me précipite. Oui enfin une gigantesque chute d’eau, c’est inimaginable : elle fait 50, 100 mètres plus peut-être, je n’en vois pas la fin. L’eau est propre, fraîche et potable. Je plonge, ça fait du bien, je me sens revivre. Il y a pleins de poissons, de quoi bien manger. Plus profond, il y un passage qui mène de l’autre côté de la cascade, c’est tout l’inverse de ce que j’ai vu jusqu’à présent ; il y a une forêt de cactus noirs, une dizaine d’insectes différents. C’est étrange… Je suis entre la peur et la joie.

Jour 15 : J’ai traversé cette végétation bizarre et me trouve dans un endroit féerique avec pleins de jolies petites bêtes intéressantes. Malheureusement cela fait 15 jours que je suis ici et je dois repartir. Cet endroit mérite d’être exploré plus profondément avec des experts spécialisés. Je reviendrai c’est sûr ! Ce monde détient des secrets à découvrir. Tous ces moments de désespoir, de souffrance valaient la peine…Franchement !

Olivia Deterville

Max Ernst – Le jardin de la France – 1962

Après un long exil en Amérique du Sud, je me suis rapatrié dans ce merveilleux pays de mon enfance qu’est la France, dans une petite maison en bord de Loire. J’ai retrouvé ce calme tranquille, les paysages sensationnels et agréables qui bordaient cette paisible rivière. Les matins d’été, je m’installais à la bordure de ce cours d’eau, je humais les plantes parfumées, j’écoutais le chant des oiseaux et le vent frémir sur les longues herbes, je regardais les pêcheurs qui parvenaient quelques fois à sortir un beau poisson. Mais je repensais sans cesse à cette fille avec qui j’avais passé ma jeunesse, je pensais à sa longue chevelure brune, aux courbes de son corps, aux traits de son visage, à son parfum de rose… Cette fille que j’aimais tellement !

Victor Fernémont.

Agam - double métamorphose - 1968-1969


Tant de couleurs
Qui se mélangent dans mon cœur
Tant de points de vue différents
Pour un seul et même écran
Je ne sais te regarder dans les yeux
Car ils ne sont pas à leur place
Et quand je vois ton corps qui s’efface
J’ouvre un oeil et puis les deux
Et je me rappelle que tu n’est qu’une fille d’Eve
Mais surtout que tu n’est qu’un rêve
Antoine Janssens

Yves Klein - Monochrome bleu - 1960

Une couleur. Profonde, absolue et sans limite. La nuit, le fond des mers, la couleur d’yeux qu’on n’oubliera jamais de par leur rareté.
Rêche, elle paraît pourtant douce comme le velours au coup d’œil.
Je m’y perds. Tellement succin, et malgré tout si recherché. Une couleur toute simple, toute seule, exposée dans un musée, sans complexe.
Cette œuvre me fait penser aux robes bleu foncées des reines, princesses et comtesses d’autrefois. La belle bourgeoisie…
La reproduction de septante pourcents de la planète bleue, si je dois absolument donner des chiffres.
Il n’y a plus parlant que cette représentation, c’est clair à mes yeux.
J’ai d’ailleurs l’impression qu’il y en a deux qui me fixent intensément à travers le tableau…
Soudain, quelqu’un me plonge dans la nuit de ce tableau que j’avais imaginée, me noie dans la mer que j’avais redoutée, et me pousse à me perdre encore et encore, sans relâche, entre les lignes que cet artiste a peintes pour nous amener à lire entre elles.
Mais un inconnu arrive et m’apostrophe. Il me dit qu’il est interdit de toucher aux œuvres, je ne comprends pas ce qu’il veut dire, est-ce une œuvre ? Point un monde ? Ce gars me déplaît. Mais soudain je comprends. Je suis à Paris, à Beaubourg, devant une peinture.
Suis-je en train de divaguer sur la feuille que je vais devoir rendre à mes profs ? Je me dois de remercier cet homme, qui a mis fin au tourment que la toile a provoqué en moi.
Merci, je dois partir, adieu.

Clémence Dawagne

Pablo Picasso – Minotaure – 1928

Je suis allé dernièrement dans un atelier d’écriture. Là-bas, on nous apprenait à écrire une histoire sur un tableau. Voilà, je suis justement à Beaubourg, et c’est ce qu’on nous demande de faire ! J’ai dû fouiller un peu dans ma mémoire, mais je me suis quand même souvenu des nombreux conseils donnés. J’ai fait un « réservoir de mots ». Mais, le problème, c’est que je me retrouve avec plein de mots qui n’ont aucun rapport entre eux, je ne comprends rien ! J’obtiens des mots comme papier, voiture, maison, béton, … Que voulez-vous que je fasse avec tous ces mots ? Maintenant, j’ai métal, galaxie et bois ! Je n’en peux plus ! Tu n’as pas une idée toi ? De mieux en mieux, voilà que maintenant j’obtiens guitare ! Ce n’est pas possible ! C’est la goutte qui fait déborder le vase ! Je vais regarder la télévision, Picasso m’énerve trop avec son minotaure à chaussettes !

Sébastien Chaboteaux

Fernand Léger - Les grands plongeurs noirs - 1944

Le 29 septembre 1940, je suis monté dans un bus qui m’a conduit dans un endroit que je ne connaissais pas, dont je n’avais jamais entendu parler. C’était un grand bâtiment, avec une large cour, le tout étant entouré de fils barbelés. Il y avait déjà énormément de monde, des juifs en majorité. Dans les « chambres », les corps étaient empilés les uns sur les autres, on ne distinguait même plus les têtes ! Je suis resté là longtemps, me demandant ce qu’il m’arrivait. L’hygiène n’y était pas, la joie de vivre encore moins. Une semaine après mon arrivée, je faisais déjà partie de ces corps empilés, et plus personne n’entendit jamais parler de moi.

Thaïs Crèvecoeur.

Fernand Léger – Les acrobates en gris – 1942-1944

Tout se ressemble… Tu me crois quand je te dis que je ne m’y retrouve pas dans ce monde ? Les gens m’inquiètent, tous gris, tous tristes. J’aimerais faire ma place au milieu de ces êtres, être proche d’eux, pourquoi pas ? Mais ils sont déjà tellement les uns sur les autres… Personne ne veut regarder plus loin que le bout de son nez. Le monde va-t-il sombrer dans une infinité de gris ? J’ose espérer que non. Et moi, toute seule, perdu et sans repère, je m’essaie à rester optimiste en rêvant à un univers meilleur… Et tu sais comment ? Avec plein de couleur !

Mathilde Tries

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